GUEST POST: se sevrer d’une pilule triphasique (à 3 phases/doses) est-ce possible? 💊💊💊 Rosalie raconte son sevrage de Triafémi…

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Bonjour, merveilleuses lectrices (ou lecteurs – ce sujet concerne les femmes en premier, mais rien n’empêche les hommes – compagnons, amis, frères, pères, etc., de se renseigner afin de pouvoir venir en aide à celles que vous aimez! Si vous ne craignez pas les discussions ‘hormones féminines’, restez avec nous!)! 😃

Les pilules triphasiques ou tridosées (Amarance Ge, Daily Ge, Evanecia Ge, Phaeva, Triafémi, Tricileste, Triella, Triminulet… j’en oublie certainement…) ont l’air d’avoir la cote auprès des gynécologues. Je dis cela parce que depuis un certain temps vous êtes de plus en plus nombreuses à me faire part de votre souhait de vous en sevrer. Je me suis interrogée sur les raisons de cet élan vers les pilules à trois phases/3 doses et la seule hypothèse que j’ai pu émettre – l’idée conspirationniste d’un accord capitaliste secret entre médecins et labos étant tentante mais impossible à prouver – je me suis rabattue sur l’argument logique: les gynécologues boudent Diane 35, Yaz, et Jasmine (des pilules monophasiques) suite aux scandales de 2012-2013. Par ailleurs, pour celles qui souffrent d’acné, le choix des pilules ‘moins dangereuses’ au niveau trombo-véineux s’est drôlement rétréci depuis que les pilules 3ème et 4ème génération se sont fait taper sur les doigts. Le choix le ‘moins méchant’ (je mets tous ces gentils petits termes entre guillemets car mon sentiment sur la pilule après presque 12 ans de prise n’a guère évolué) reste Triafémi, qui fait partie des « pilules anti-acné ».

Avant de laisser la place à ma cop, Rosalie, qui va vous raconter son sevrage de Triafémi (Ortho Tri-Cyclen Lo – pour être plus précise – la version américaine un peu moins dosée en ethinylestradiol), je vais faire un mini topo sur les pilules triphasiques pour donner un peu de contexte à la discussion:

Les pilules contraceptives peuvent être monophasiques, c’est à dire que le dosage au cours d’une seule et même plaquette de 21 jours ne varie pas (vous prenez exactement la même dose à j1 que vous ne prenez à j21), ou triphasiques, c’est à dire que le dosage du progestatif synthétique au cours d’une seule et même plaquette de 21 jours varie 3 fois pour émuler le cycle naturel de la femme (la 1ère semaine vous prenez une dose plus faible, la 2ème semaine la dose augmente un peu, puis la 3ème semaine la dose est la plus importante). Les plaquettes de pilules triphasiques comprennent souvent 3 séries de comprimés de 3 couleurs différentes pour ne pas s’embrouiller dans les prises. Il existe d’autres types de pilules, notamment les pilules biphasiques telles que Seasonique dont le principe est un peu différent donc je ne m’étendrai pas davantage à ce sujet dans cet article – les plaquettes sont souvent beaucoup plus longues (91 jours parfois), et les femmes qui les prennent ne voient leurs ‘règles’ (saignements artificiels) que 4 fois en 12 mois. Le cas des pilules quadriphasiques telles que Qlaira (une autre magnifique invention de mon labo préféré, Bayer Pharma 💩) est de prendre 4 dosages différents au cours d’une plaquette de 26 jours (l’intervalle entre les plaquettes n’est que de 2 jours au lieu de 7 dans le cas des pilules mono et triphasiques). Pour être tout à fait juste, le principe n’est pas totalement idiot puisqu’il tend à minimiser les saignements bénins qui peuvent survenir en cours de prise.

Bon. Voilà un résumé vulgarisé des différentes types de pilules combinées… les pilules microprogestatives ou minidosées ont un principe tout autre car elles ne contiennent qu’une seule hormone (le progestatif synthétique), et elles ne font pas l’objet de cet article.

Place à Rosalie…

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Je ne peux pas vous dire combien de fois Christelle m’a mis la pression pour que je vous ponde cet article (😅)! En vrai, je ne suis pas une grande écrivaine, donc ne soyez pas méchantes avec moi si le style n’est pas éloquent! 

Mes années sous pilule

J’ai pris la pilule de 19 ans à 34 ans (j’en ai 35 maintenant – je suis en couple depuis mes 19 ans avec la même personne… et oui, ça existe!). Mon gynécologue m’a prescrit Adepal, qui ne me convenait pas du tout (acné, sauts d’humeur), donc on s’est tournés vers Diane 35, puis Yaz car j’avais un peu d’acné. Quand les scandales des pilules 3-4ème générations ont éclaté, j’ai demandé à changer de pilule car à la même époque mon fiancé a été muté aux Etats-Unis et on s’est mariés très vite pour que je puisse le suivre. J’avais très peur de la thrombose (même si je sais aujourd’hui que ces incidents arrivent le plus souvent pendant la première année de prise) mais l’idée de tomber enceinte dans un pays étranger me faisait tout aussi peur. Je me sentais incomprise et complètement piégée car d’un côté je prenais ce médicament dont je craignais les effets sur ma santé à long terme, et d’un autre côté je ne voulais pas tomber enceinte. Donc j’ai commencé à prendre Triafémi avant de partir aux Etats-Unis car mon gynéco m’a dit que cela restait la pilule la plus sûre niveau boutons et la moins dangereuse niveau AVC. 

La première chose que j’ai remarqué sous Triafémi c’est les vagues de nausée surtout le matin. J’avais des hauts-le-coeur sur le chemin du boulot. Heureusement ce je n’était pas au point où j’étais obligée de me garer en urgence pour vomir sur le bas côté, mais j’avoue que les premiers mois je croyais être enceinte. Au bout de 5 mois environ les nausées ont diminué mais elles ont laissé place à la faim. Mon Dieu! J’avais envie de manger tout le temps. Je passais à côté d’une boulangerie et il fallait que je m’achète un croissant… J’avais même le sentiment d’être en hypoglycémie par moments. Je sortais du travail et j’avais la tête qui tournait si je ne grignotais pas un truc immédiatement… mon mari avait même remarqué que je peinais à terminer nos randonnées du dimanche sans avoir la tête qui tournait si je n’apportais pas ma bouteille de jus de fruits ou mes petits bonbons à la réglisse. J’en avais marre. En parallèle à tout cela j’avais développé des petites poignées d’amour et de la cellulite au niveau de mes hanches. N’ayant jamais été sujette à la prise de poids même sous Diane, j’étais plutôt découragée de voir cela. Un jour je me suis pesée, j’avais pris 6 kilos… en même pas un an! 

Pendant tout ce temps mon mari était très à l’écoute. C’est lui qui m’a suggéré d’appeler mon gynécologue en France pour en parler car il voyait bien que je n’étais pas bien dans ma peau. De son côté il me disait ne rien voir d’anormal côté cellulite et prise de poids. Au contraire même car j’avais pris des seins et il ne s’en plaignait pas du tout! 😂 Je dis juste cela car nous les femmes avons souvent le sentiment d’être moins belles quand on prend des kilos, mais la plupart du temps tout cela est dans notre tête! J’ai donc essayé de contacter mon gynécologue mais la secrétaire me disait tout le temps qu’il était en rdv. J’ai fini par abandonner et je suis allée voir un médecin généraliste ici aux Etats-Unis. 

Le médecin que j’ai vu m’a fait un teste de grossesse urinaire qu’elle n’a même pas pris le temps de regarder. Elle a pris ma tension, elle m’a mesurée, et elle m’a demandé ce que je voulais. Je lui ai expliqué mon problème de prise de poids/ballonnement et elle m’a dit que cela venait peut-être de la pilule comme je le soupçonnais. En fait elle ne m’a pas contredit comme le font les médecins français (du moins ceux que j’avais vu). J’ai trouvé cela rafraichissant bien que son attitude un peu « vite fait bien fait » ne m’inspirait pas trop. Elle m’a dit que la composition de Triafémi correspondait exactement à la pilule américaine Ortho Tri-Cyclen (ethinylestradiol: 0,035 mg, qui ne varie pas au cours de la plaquette, et norgestimate: 1ère semaine 0,18mg, 2ème semaine 0,215mg, 3ème semaine 0,25mg). Elle m’a expliqué qu’il existait une version de cette même pilule qui était moins dosée en ethinylestradiol (0,025mg au lieu de 0,035mg… en fait, Triafémi est aussi fortement dosée en œstrogène synthétique que Diane 35. Je l’ai appris ce jour-là!). Le progestatif synthétique reste le même et le dosage ne change pas. Elle m’a dit que les prises de poids liés à la pilule étaient souvent causées par les excès oestrogéniques.

J’ai donc pris la version ‘lite’ de Triafémi pendant encore un an environ avant d’avouer mes craintes au sujet de la pilule à Christelle. Des 6 kilos que j’avais pris sous Triafémi, en 1 an il ne m’en restaient que 2, que j’ai ensuite perdus sans faire le moindre effort lorsque je me suis sevrée.

Le sevrage

Je sais que la pilule Ortho Tri-Cyclen Lo n’existe pas en France, mais je pense que le sevrage de Triafémi serait tres similaire car les composants et le principe sont les mêmes. Il n’y a que le dosage qui change légèrement. Peut-être que les femmes qui veulent se sevrer de Triafémi pourraient prolonger un peu leur sevrage si elles ont peur des effets rebond.

Pour moi la pilule était devenue un fardeau. Je ne connaissais plus mon corps. Je ne connaissais plus mes cycles. J’avais le sentiment d’être artificiellement stérile. C’est bête à dire mais je me sentais de moins en moins femme. En plus je commençais à désirer un bébé.

J’ai rencontré Christelle ici aux Etats-Unis et elle m’a aiguillée vers ce site après une discussion générique sur la pilule entre filles en soirée. On n’avait pas vraiment parlé de toutes ces choses intimes en personne auparavant car je pense être plutôt pudique comme beaucoup d’autres femmes. Je n’avais pas vraiment envisagé mon arrêt de pilule jusqu’alors. Je pensais arrêter du jour au lendemain comme mon gynéco m’avait toujours indiqué. Mais plus je lisais les commentaires plus je redoutais l’effet rebond. J’ai donc décidé me sevrer tout en utilisant le préservatif pour prévenir contre la grossesse. Mon mari était cool avec tous ces changements à l’exception du projet bébé. Nous avons alors décidé de laisser mon corps se remettre de toutes ces années sous pilule et de discuter de nouveau du projet bébé dans 6 mois.

Au début j’ai harcelé Christelle toutes les 2 minutes sur FaceTime pour qu’elle me donne des conseils pour mon sevrage. Je crois que je l’ai épuisée la pauvre! 😂 En fait j’avais besoin d’être rassurée. J’avais besoin qu’elle me dise comment faire car je ne me faisais pas confiance. En vrai j’avais perdu confiance en mon corps et je voulais qu’elle me donne une formule magique pour éviter la crise d’acné. Elle m’a (gentiment) expliqué un jour où je l’ai appelée en larmes pour avoir des conseils avant d’entreprendre le sevrage que pour cette aventure je ne pourrai compter que sur moi-même et sur mon corps. Elle m’a dit que la décision ne pouvait venir que de moi-même et que je ne saurais jamais comment mon corps fonctionne au naturel si je ne lui donnais pas une chance. Au début cela m’a un peu vexé j’avoue mais j’ai compris ensuite l’importance de cette attitude dans le processus. Pendant des années les labos, les médecins, les autres, nous ont dicté le fonctionnement de notre corps de femme. On nous enlève notre pouvoir de décider et on nous effraie. J’ai donc décidé de m’éduquer afin de retrouver mon pouvoir. J’ai passé des soirées entières le nez dans mon ordi pendant que mon mari regardait des séries. J’ai voulu tout comprendre et tout savoir.

J’ai organisé mon sevrage en 3 x 2 mois comme Christelle. 2 mois à 3/4 de dose, 2 mois à 1/2 dose, et 2 mois à 1/4 de dose. J’ai acheté une planche à couper spécialement destinée à cet usage mais je n’ai jamais réussi à trouver un cutter. J’utilisais des couteux de cuisine pour couper mes comprimés. Tout ceci était mon plan d’attaque. En vérité les choses ne se sont pas passées aussi sereinement car pour couper mes comprimés en 3/4 avec des couteaux de cuisine j’ai eu trop de mal. J’ai donc laissé tomber cet approche après 1 mois de  tentative de découpe sans jamais vraiment réussir à obtenir le même dosage d’un soir à un autre. Les 3 cycles suivants j’ai pris 1/2 comprimé tous les soirs car c’était la découpe la plus simple. Ensuite je suis passée à 1/4 de dose pendant 1 mois. Le mois suivant j’avais prévu de continuer à 1/4 de dose mais je suis rentrée à Paris pendant 2 semaines pour voir ma soeur et j’ai oublié ma pilule. J’ai un peu paniqué en me rendant compte que je ne l’avais pas prise mais j’ai décidé de terminer mon sevrage sur le champ et de risquer les effets rebond.

Les effets rebond ne sont jamais arrivés. J’ai eu mes règles 3 semaines plus tard à j27 et j’ai eu mes règles tous les mois depuis mon arrêt complet (en avril dernier). Je sens bien que mes cycles ne sont pas les mêmes que sous pilule. Beaucoup de femmes perdent plus de sang quand elles arrêtent la pilule mais moi j’en perds moins depuis que je suis au naturel. Je saigne 2 jours complets et je fais du spotting pendant 3 parfois 4 jours avant la venue de mes règles. J’aimerais faire une prise de sang pour voir où j’en suis côté hormones mais d’après mes lectures je crois à un manque de progesterone. Je voudrais travailler sur mon alimentation et ma façon de vivre pour augmenter ma progesterone naturellement. Il parait que c’est un problème fréquent surtout pour des personnes stressées (mon emploi est parfois stressant je l’admets). 

Je n’ai pas eu la grosse poussée d’acné qui me faisait peur mais j’ai eu droit à quelques boutons sur le menton au moment de l’ovulation ou avant mes règles, surtout au tout debut du sevrage. Rien de bien méchant. Aujourd’hui je n’ai plus de boutons… ou alors si… un de temps en temps si je mange trop gras ou trop sucré ou si je dors mal. Pendant le sevrage mes ‘règles’ venaient aux alentours de la 2ème semaine de prise. C’était pénible car j’avais souvent des crampes aussi. J’ai persisté avec le sevrage et les choses se sont remis en ordre avec le temps.

Je sais aujourd’hui que mon cycle est loin d’être parfait. Je vais en effet devoir revoir mon alimentation un peu je crois et changer mes habitudes côté sport car mon boulot m’oblige à rester assise longtemps, mais je ne regrette pas cet arrêt, car si j’étais restée sous pilule je ne saurais pas aujourd’hui par où commencer pour remettre de l’ordre dans mes hormones! 

Juste un petit message pour celles qui croient dur comme fer dans la médecine du monde occidental qui traite le symptôme sans prendre en compte le corps dans son ensemble.  Les médecins s’y connaissent surtout en médicaments. Quand j’ai entamé mes recherches sur la pilule j’ai été outrée de voir que l’on donnait cette drogue forte à des enfants de 14 ou 15 ans sans examen medical au préalable. Le corps est miraculeux quand on lui donne les bonnes conditions pour pouvoir se guérir. 

Bon courage à toutes celles qui songent au sevrage. Comme Christelle, je ne suis pas médecin et tout ce que je dis n’est que mon opinion. Je ne peux pas donner de conseils à part vous encourager à faire vos recherches par vous mêmes. 😉

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Avez-vous vécu une expérience similaire à celle de Rosalie? Que pensez-vous du sevrage des pilules triphasiques? Laissez-nous un commentaire ci-dessous pour nous faire part de vos pensées, suggestions, expériences…

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